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Un enseignement dispensé aux étudiants de Licence LAP de l'Université de Guyane

De l'esclavage au Black Power : l'art et la culture comme vecteurs de mémoire, de résistance et d'émancipation
Un enseignement dispensé aux étudiants de Licence LAP de l'Université de Guyane
Cette année, j'ai eu le plaisir d'intervenir auprès des étudiants de Licence LAP (Lettres, Arts et Patrimoines) de l'Université de Guyane autour d'un cycle d'enseignement consacré à « De l'esclavage au Black Power : l'art et la culture comme vecteurs de mémoire, de résistance et d'émancipation ».
À travers ce cours, l'objectif était de proposer une lecture transdisciplinaire de l'histoire des mondes africains, caribéens et américains en analysant la manière dont les pratiques artistiques ont accompagné les luttes pour la liberté, la dignité et la reconnaissance des identités noires.
Au-delà d'une approche culturelle, cet enseignement invitait les étudiants à comprendre que l'art constitue un véritable langage politique, capable de transmettre une mémoire, de dénoncer les injustices et de construire de nouveaux imaginaires.
Comprendre les héritages de l'esclavage
Le parcours débute avec l'économie de la traite transatlantique et l'organisation des sociétés esclavagistes.
Nous avons étudié les mécanismes de domination, mais également les formes de résistance développées par les populations réduites en esclavage : préservation des langues, des pratiques religieuses, des traditions musicales, des savoir-faire et des expressions artistiques.
Ces patrimoines culturels témoignent d'une extraordinaire capacité de résilience. Malgré la violence du système esclavagiste, les populations africaines déportées ont su préserver, transformer et transmettre des héritages qui constituent aujourd'hui une part essentielle des cultures caribéennes et américaines.
L'art comme mémoire des luttes
L'enseignement a ensuite exploré la place des arts dans la construction des mémoires collectives.
Peinture, sculpture, photographie, littérature, musique, danse, théâtre et cinéma ont permis d'interroger la représentation de l'esclavage, les processus d'effacement mémoriel, mais aussi les démarches de réappropriation de l'histoire par les artistes.
Des figures majeures telles que Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Frantz Fanon, James Baldwin, Maya Angelou, Jacob Lawrence, Faith Ringgold, Jean-Michel Basquiat ou encore Kara Walker ont nourri notre réflexion sur les rapports entre création artistique, mémoire et engagement.
De la Négritude au Black Power
Le cours s'est poursuivi par l'étude des grands mouvements intellectuels et politiques qui ont marqué le XXᵉ siècle.
De la Négritude, portée par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, jusqu'au mouvement Black Power, les étudiants ont analysé la manière dont les artistes, écrivains et militants ont contribué à déconstruire les représentations héritées de la colonisation.
Le Black Power ne constitue pas seulement un mouvement politique ; il représente également une révolution esthétique qui affirme la beauté des cultures afro-descendantes, revendique une histoire propre et transforme profondément les pratiques artistiques contemporaines.
Les patrimoines comme espaces de médiation culturelle
Une attention particulière a été portée aux patrimoines matériels et immatériels.
Comment transmettre ces mémoires ? Comment les musées, les médiathèques, les centres d'archives et les institutions culturelles peuvent-ils contribuer à rendre visibles des histoires longtemps marginalisées ?
Ces questions sont aujourd'hui au cœur des enjeux de la médiation culturelle. Elles invitent à construire des dispositifs capables de faire dialoguer les collections, les territoires et les habitants, tout en valorisant les patrimoines vivants et les mémoires plurielles.
Une expérience pédagogique enrichissante
Je remercie chaleureusement les étudiants de la Licence LAP de l'Université de Guyane pour la qualité de leurs échanges, leur curiosité intellectuelle et leur engagement tout au long de ce cycle d'enseignement.
À travers cet enseignement, j'ai souhaité montrer que l'art n'est jamais seulement un objet esthétique : il est aussi un espace de mémoire, de résistance, de transmission et d'émancipation, capable d'éclairer les enjeux de notre présent et de nourrir une compréhension renouvelée des sociétés contemporaines.