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Invitation : Congrès international médiation culturelle de l'art à Lisbonne et hommage à Jean-Charles Bérardi

« Biorégion et médiathèque troisième lieu : vers un équipement culturel de cohésion »
Être invitée à présenter mes travaux lors du Congrès international de médiation culturelle de l'art à Lisbonne constitue une reconnaissance du travail de recherche et d'ingénierie culturelle que je mène depuis plusieurs années au sein de Caravansérail Grand Sud.
À cette occasion, je présenterai une communication intitulée « Biorégion et médiathèque troisième lieu : vers un équipement culturel de cohésion », qui propose de repenser la médiathèque comme un véritable écosystème culturel, ancré dans son territoire et pleinement engagé dans la valorisation des patrimoines, des savoirs et des paysages qui façonnent l'identité des habitants.
Penser la médiathèque à partir de sa biorégion
La médiathèque ne peut plus être considérée uniquement comme un lieu de diffusion des collections. Elle doit devenir un équipement culturel capable de transmettre le territoire dans lequel elle s'inscrit.
Chaque biorégion possède une identité propre, construite par son histoire, sa géographie, ses paysages, sa biodiversité, ses savoir-faire, ses langues, ses traditions, ses pratiques sociales et ses patrimoines matériels et immatériels.
Ces richesses constituent un formidable gisement de connaissances qui reste encore insuffisamment représenté dans les collections des médiathèques.
Les écosystèmes comme collections
L'une des propositions développées dans cette communication consiste à considérer les écosystèmes comme des collections à part entière.
Une forêt, un littoral, une rivière, une montagne, une mangrove, une plaine agricole ou un paysage culturel deviennent des objets de médiation, de connaissance et de transmission.
La médiathèque devient ainsi un espace où culture, patrimoine et biodiversité dialoguent afin de mieux comprendre les interactions entre les sociétés humaines et leur environnement.
Décoloniser les médiathèques : sortir des modèles standardisés
Ma communication abordera également la question de la décolonisation des médiathèques, entendue comme une invitation à repenser les modèles qui structurent aujourd'hui les politiques de lecture publique.
Les acquisitions documentaires demeurent largement influencées par les grands circuits de l'édition, les offices et les mécanismes de prescription qui privilégient les productions des grands groupes éditoriaux. Cette logique tend à homogénéiser les collections et à marginaliser les productions locales, les éditeurs indépendants, les travaux de recherche territorialisés, les archives associatives, les langues régionales, les savoirs vernaculaires et les patrimoines immatériels.
Décoloniser les collections ne signifie pas s'opposer à l'édition, mais rééquilibrer les politiques documentaires afin qu'elles rendent compte de toute la diversité culturelle et écologique des territoires.
Cette réflexion concerne également les bâtiments eux-mêmes.
Depuis plusieurs décennies, les médiathèques sont souvent conçues selon des modèles architecturaux et fonctionnels standardisés. Architecture, aménagement intérieur, mobilier, signalétique, équipements et organisation des espaces sont fréquemment reproduits d'un territoire à l'autre sans être véritablement recontextualisés.
Pourtant, une médiathèque implantée en Guyane, à Mayotte, en Guadeloupe, dans les Alpes ou sur le littoral méditerranéen ne peut être pensée selon un modèle unique.
Son architecture devrait dialoguer avec le climat, les paysages, les matériaux locaux, les usages des habitants, les cultures et les modes de vie qui caractérisent son territoire.
Décoloniser les médiathèques, c'est reconnaître que chaque équipement culturel doit être conçu avec son territoire et non simplement sur un territoire. C'est passer d'une logique de reproduction à une logique de contextualisation.
Une vision portée par Caravansérail Grand Sud
Cette réflexion est le fruit des recherches et des missions d'ingénierie culturelle conduites par Caravansérail Grand Sud dans différents territoires, notamment à travers l'élaboration de schémas directeurs de lecture publique.
Elle s'inscrit dans une démarche qui vise à replacer les médiathèques au cœur des dynamiques territoriales en faisant de leurs collections le reflet des patrimoines, des écosystèmes et des cultures qui composent chaque biorégion.
Présenter cette communication à Lisbonne représente une opportunité de partager cette vision avec des chercheurs, des médiateurs culturels, des architectes, des artistes et des professionnels de la culture venus de nombreux pays.
Je remercie chaleureusement les organisateurs du Congrès international de médiation culturelle de l'art pour leur invitation et leur confiance. Ce rendez-vous international sera l'occasion de contribuer aux réflexions sur l'avenir des médiathèques comme équipements culturels contextualisés, capables de valoriser les patrimoines matériels et immatériels, de préserver la mémoire des territoires et d'accompagner les grandes transitions écologiques, sociales et culturelles de notre époque.
Je suis émue que cette invitation me permette de rendre hommage à Jean-Charles Bérardi⭐️ ( directeur maîtrise en médiation) disparu il y a vingt ans.
Lors de chacun de mes projets, je partage encore avec lui mes doutes. Un peu moins fort qu’avant. Je chuchote désormais. Il me manque toujours autant.
⭐️Docteur en sociologie (Université d’Aix-Marseille I, 1991), enseignant-chercheur en sociologie, spécialiste de l’art et de la culture.
